samedi 11 juillet 2009

Qu'est-ce qu'un bon stagiaire ? (un bon café et de bonnes photocopies ?)

J'ai un stagiaire depuis 2 mois maintenant. Il y a deux mois je me disais "A moi les décisions stratégiques, à lui les tâches opérationnelles !" Je pensais enfin pouvoir me libérer de toutes les choses qu'il faut faire et qui vous empêchent de vous concentrer sur les vraies décisions à prendre.

Pour pouvoir mettre en place cette dichotomie organisationnelle (ouh j'ai pas perdu mon dico vous avez vu ça?!) j'ai cherché un stagiaire avec les compétences suivantes :

  • Autonomie : je veux bien lui montrer comment faire les choses, mais il doit vite apprendre à se débrouiller par lui même (comme j'ai fait moi même finalement)
  • Force de proposition : qui se contenterait aujourd'hui d'un simple exécutant ? On attend, même et surtout d'un stagiaire, qu'il propose des choses, qu'il soit esprit critique, qu'il soit ultra connecté aux dernières nouveautés (surtout dans le e-marketing)
  • Force de travail : je veux un mec (ou une nana) qui bosse dur, qui veuille prouver ses compétences, me surprendre, m'étonner, qui soit là avant que j'arrive et qui éteigne la lumière en partant (oui j'exagère exprès, mais grosso modo je veux un stagiaire qui fasse plus que le boulot qui lui était donné)
Depuis 2 mois je bosse avec mon stagiaire donc et je l'ai choisi sur ces critères : il a 27 ans (oui je sais c'est vieux pour un stagiaire mais c'est un mec qui s'est arrêté et à repris ses études) sort d'une bonne école, présente et s'exprime bien. Durant l'heure qu'on a passé ensemble lors de l'entretien de recrutement je lui ai montré ce que je fais et ce que je voulais faire et il a eu quelques bonnes idées et eu l'air intéressé (même si aujourd'hui les postulants stagiaire ne viennent plus avec des cahiers et ne prennent plus de notes pendant les entretiens. Intrigué je lui ai demandé plus tard pourquoi tant de désinvolture et il m'a répondu "ça aurait fait bouffon de prendre des notes" !!!! Fin de la parenthèse)

Résultat des courses après 2 mois :

Niveau autonomie : il vient me voir très (trop?) souvent dans mon bureau pour quêter mon approbation sur les projets sur lesquels il travaille. Et comme ça me permet de me tenir informé de ce qu'il fait j'accepte ça. On est en train de changer ça : je lui demande des points réguliers d'avancement, mais pour l'instant ses retours sont assez pauvres "ben...j'ai fait ci et ça...et ça c'est en cours " et moi "quelles sont les prochaines étapes ? Pour quelles dates ?" et lui "euuuuh"
Il est dans l'exécution pure et dure avec très peu de projection dans le futur. Pas d'anticipation.

Force de proposition : Il se concentre sur l'exécution des tâches (je lui donne beaucoup de choses à faire c'est vrai) mais il a un niveau d'exigence beaucoup plus faible que le mien (qui peut friser la fainéantise parfois, ça me rend fou) Pourtant quand il s'en donne la peine il a de vraies bonnes idées. Certaines qu'on a même "vendu" au dir com' !

Force de travail : je suis un peu vieux jeu sur ce point. Un mec qui arrive après 9H30 au boulot je trouve ça un peu abusé (moi en stage j'arrivai à 8H15 au boulot...) Je lui ai fait la réflexion la 1e fois qu'il est arrivé à 9H30 : la faute au métro, les gens, les pannes, les extra-terrestres. Bref il m'envoie péter gentiment sur ce point. Le désavantage d'avoir un stagiaire de 27 ans :-)

Résultat des courses, mon stagiaire m'est d'une précieuse aide, on traite plus de sujets. Mais manager un stagiaire est une tâche que j'avais sous estimée au début et qui demande beaucoup de temps, d'attention, de doigté. Il faut trouver la bonne distance (pas patron à l'ancienne, pas copain non plus).

Difficile et stimulant !

Et vous ? Vos stagiaires ? Vos collaborateurs ? Faites moi part de vos remarques dans la partie commentaire !

9 commentaires:

Argancel a dit…

Je n'ai jamais eu de stagiaire mais je me rappelle bien comment j'étais quand j'étais stagiaire.

Une grosse erreur, c'est de le laisser dans son coin en se disant qu'il faut qu'il soit autonome.
J'avais fait un stage où j'avais un maître de stage qui avait décidé de démissionner. Et donc il se souciait jamais de ce que je faisait vu qu'il se cassait lui-même.

De plus les requirements de ce que je devais faire étaient démesurés pour un stagiaire.
Je m'occupais d'un site de généalogie et on m'avait dit qu'il fallait que je trouve un moyen de bâtir un arbre global, donc relier tous les arbres entre eux.
Résultat des courses : je me suis consacré sur quelques autres boulots qu'on m'avait donné et que je savais faire mais je n'ai jamais pu avancer sur le projet central.

Sans compter que ma motivation n'était pas bonne. Je crois que j'ai dû pas mal glander sur l'internet ce temps là.

Normal, on était que 2 au bureau, avec un maître de stage passif. La seule chose qui m'a motivé dans l'histoire, c'était que je devais écrire mon rapport de stage!

Monsieur J a dit…

Effectivement Argancel, l'autonomie ne se décrète pas mais se construit. Pour cela j'utilise beaucoup de points fixes, formels et informels pour échanger avec mon stagiaire, vérifier son travail et échanger ensemble sur la manière d'atteindre les objectifs.

Ensuite il y a l'exemplarité : si ton boss n'est pas motivé tu ne le seras pas toi même. Si je ne suis pas motivé, comment pourrait l'être mon stagiaire ?

stephanie a dit…

alors là me sens obligee de reagir : je suis actuellement en stage apres 10 ans d'exp professionnelle j'ai decide de retourner sur les bancs de l'ecole histoire d'esperer avoir une evolution de carriere motivante : besoin que ça bouge et je deteste me cantonner à ce que je sais dejà ! les defis me plaisent bien ...
bref me voilà donc à 33ans (!!) stagiaire : au debut grosse claque : "ah une nouvelle stagiaire..." bref on redemarre comme si auparavant on n'avait rien fait d'interessant de sa vie professionnelle , les gens ne s'interessent que tres peu à ce que tu fais en qd j'expliquais ma mission : j'entendais souvent " bon courage ça ne marchera jamais" !!
mon sujet : transformer la vision de mon maitre de stage ( un type que j'adore, une sorte de mentor pour moi!) en mission !! sympa comme defi non ? tout ça en essayant d'appliquer les bonnes pratiques du management de projet !!
au final j'ai bcp appris, et j'ai endosse pleins de roles à la fois : force de proposittion, communication, softeuse, leader ....tout en entant etudiante, epouse et mere de famille ...
bref une mission tres interessante pour un stage !!

Monsieur J a dit…

Tiens c'est vrai que c'est un sujet de stage peu banal ! Mais il fait quoi ton maitre de stage pour que la société estime que sa "vision" doit être transformée en "mission" ? Et mission pour qui ?

En tout cas bravo pour la remise en question dont tu fais preuve. Ta soif d'apprendre est une qualité rare ces jours-ci dans l'entreprise, nul doute que ton choix s'avérera payant dans le futur. En tout cas je te le souhaite !

stephanie a dit…

mon maitre de stage (JP pour les intimes) est doué d'un sens de l'observation et d'un background reconnu dans la boite. Si bien qu'il y a peu il a cree une nouvelle activite basee sur son analyse du marché dans le domaine d'activite de sa boite. Ainsi Il a monte un business case et demontre à sa hierarchie qu'il y avait des parts de marché à conquerir. Du coup je suis ici pour l'aider à mettre en place cette activite qui je l'espere sera fleurissante. Moralite : OSONS , OSEZ un peu comme au poker (n'est ce pas Mr J?!:-)

Monsieur J a dit…

Toutafait :-)

Voilà un bel exemple d'"intrapreneurship" chère à Guy Kawasaki (dont je recommande la lecture du blog : http://blog.guykawasaki.com/)

M.L. a dit…

je bondis en lisant cette note, car mon fils de 23 ans qui vient de venir une école renommée de design industriel, commence sa vie professionnelle par un stage....
payé à sa juste valeur de stage, soit 400 euros par mois.

Personnellement je trouve cela assez déshonorant qu'une société offre seulement un stage à des personnes de ce niveau d'étude (tout comme votre stagiaire apparemment).
Votre stagiaire, selon ce que je comprends de vos écrits, est loin d'être idiot. Il semble avoir finalement vite et bien pris la dimension de sa position dans l'entreprise. Son rapport rémunération/travail, si vous vous penchez sur les émoluments respectifs, est certainement de 1/10 tandis que vous vous situez probablement vers 6 ou 7/10. Il est donc logique qu'il ne souhaite pas bosser autant que vous, ce qui est à mon sens, une excellente preuve de ses qualités d'adaptation ! Et d'ailleurs, vous l'écrivez vous même, quand il se fatigue un peu, il a de bonnes idées, ce qui corrobore l'idée qu'il a des ressources.

Il faut dire, toujours dans la défense de ce stagiaire, que, si en plus il n'a pas d'espoir d'embauche à terme dans votre entreprise, on ne voit pas pourquoi il s'impliquerait plus et mieux ni pour quelle raison il accepterait de faire votre boulot. Etant donné que sa place de stagiaire n'est normalement qu'une position d'apprentissage.

M.L. a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Monsieur J a dit…

Bonjour M.L,
Je suis super content de ce que tu écris et je t'en remercie.
Je ne partage pas du tout ton point de vue et voici pourquoi.
Tout d'abord quand tu sors de l'école (au sens large) et que tu rentre dans l'entreprise pour ton stage tu ne sais rien faire ! Tu as peut-être appris des milliers de choses, mais gérer un boulot, ça ne s'apprend pas à l'école, ça s'apprend dans l'entreprise. Dans les premiers temps tu n'apportes rien à l'entreprise, c'est elle qui t'apprend ton métier, et pourtant elle te paye. Oui 400€ ce n'est pas beaucoup, mais combien rapportes-tu à l'entreprise dans les 1ers temps ? Zéro.
Ensuite démarrer de zéro est aussi l'apprentissage de l'humilité, une vertu essentielle pour toute personne qui compte faire un bout de chemin qui ait du sens dans l'entreprise.

Deuxième point : qu'y a-t-il de déshonorant à commencer au bas de l'échelle ? Au contraire, démarrer tout en bas permet la compréhension des tâches de la base de l'entreprise, permet l'acquisition de l'empathie nécessaire à tout management futur, et provoque l'endurcissement qui rendra plus facile à surmonter tous les obstacles inhérents à un poste plus haut placé. (Un exemple débile : je suis rentré dans une big compagnie après avoir roulé ma bosse en intérim, CDD puis consulting pendant 4 ans. Cela me permettait de comprendre que le fait que l'imprimante ne marche plus n'était pas un drame national, au contraire de mes collègues dont c'était le 1er job et qui trouvait cela toutafait avilissant de remettre du papier dans l'imprimante (et c'est à peine exagéré :))

Enfin effectivement mon stagiaire ne sera pas embauché. pourquoi ? Parce qu'il ne se défonce pas au boulot pour me montrer qu'il veut continuer chez nous. C'est l'histoire de la poule et de l'oeuf : un stagiaire doit-il se défoncer pour décrocher un job ou doit-on lui promettre un job pour qu'il se défonce ?
Moi je pense qu'il faut faire ses preuves avant et que les récompenses arrivent ensuite, à force de travail.
Qu'en penses-tu M.L ?

Juste histoire de contrebalancer ce que je viens de dire : quand j'étais stagiaire je pensais aussi que c'était injuste, que je faisais le boulot de mon manager etc...Si tu bosses en entreprise tu le sais aussi bien que moi : nul stagiaire ne porte le job de son manager à lui tout seul.