lundi 21 septembre 2009

Comment réussir un brainstorming (Jus de cerveau demandé)

Qui n'a pas assisté à des pseudo-session de brainstorming qui tournent le plus souvent à écrire ses idées sur un post-it et les lire à voix haute ?
Aussi quand Super Chef de Produit m'a convié à une nouvelle session de brainstorming pour aujourd'hui une alarme s'est mise à sonner dans ma tête "alerte, alerte ! Journée perdue en perspective !"

Devant mon impossibilité à l'éviter je me suis pointé en trainant des pieds ce matin. Et devinez quoi ? Je me suis complètement trompé. Cette session a été totalement créative, positive et aboutissant à de multiples ébauches de solutions concrètes et pragmatiques.

Alors comment s'est déroulée cette journée de triturage de méninges ?

Nous sommes arrivés dans un endroit dédié à 11H00 ce matin. Nous étions une quinzaine. La journée était animée par un consultant extérieur à notre entreprise.
Après un rapide tour de table pour nous présenter les uns les autres nous avons eu droit à un speech du consultant Monsieur Créa.

Les règles à suivre pour réussir une session de brainstorming sont toutes simples : CQFD

C : Ne pas Critiquer les idées des autres au risque de "geler" les prises de paroles et surtout faire retomber le cerveau dans le processus normal qui est "j'ai une idée dans ma tête, je vois ses limites, je l'élimine moi-même, je teste une 2e idée etc...". Ici la mécanique est différente : aucun de nous ne doit se brider dans les idées qu'il avance, car les idées de chacun sont les points de départ d'approfondissements créatifs de la part des autres membres de l'équipe.

Q : Quantité. Monsieur Créa nous a posé la question suivante "Combien d'idées pouvez-vous avoir en une heure ?"
"10, 20, 30..." avons-nous répondu.
Puis nous avons fait l'expérience toute bête de lancer des idées pour fabriquer des verres moins chers. "Plus fin, plus petits, plus de pubs, délocaliser, créer des partenariats etc..."
Nous avons alignés tellement d'idées que nous serions arrivés au chiffre de 600 idées si nous avions continué sur le même rythme pendant une heure !

F : Farfelues. Toutes les idées ne verront pas le jour évidemment. Néanmoins qui peut dire qu'une idée qui semble d'emblée farfelue n'est pas la next big thing ?
Exemple : lorsque Steve Jobs revint aux manettes d'Apple dans les 90's une des premières questions qu'il a posé a été "quelles innovations qui ne coutent pas chers pouvont nous mettre en œuvre des demain ? "
on lui a alors ressorti une idée du fin fond d'un placard qui avait été rejetée par tous "Et si on faisait des ordinateurs colorés..." Le renouveau d'Apple était en marche...

D : Développement. Nos idées sont des points d'ancrage des idées de nos collègues. Il faut les libérer pour instaurer un processus créatif au niveau du groupe qui sera plus que la somme des idées de chacun des membres du groupe.

Ensuite, après l'intro de Monsieur Créa, c'est Super Chef de produit qui a pris la parole pour exposer la problématique à laquelle nous devions réfléchir. N'étant pas tous des experts de cette problématique Monsieur Créa nous a rassuré en nous disant de nous considérer comme des martiens et de poser toutes les questions (des questions de martiens) à Super Chef de produit pour ne pas laisser de zones d'ombre. Et surtout pour faire émerger les grands thèmes de réflexions.

Cette étape qui a duré une heure à peu près m'a semblé assez longue et peu productive. En réalité cette étape est primordiale pour bien s'imprégner des grands enjeux auxquels nous allions devoir répondre dans l'après midi.
Nous avons conclu nous même sur les problématiques à approfondir pour résoudre la question posée en début de brainstorming.

Au retour du déjeuner nous nous sommes répartis par groupes de 3 ou 4 pour traiter une des problématiques posée avant le déjeuner.

Technique de "Brain-Writing" : chacun écrit une solution à la problématique posée puis passe sa feuille à son voisin de gauche. Je lis la feuille que me passe mon voisin de droite et rédige une nouvelle solution au problème posé, qui est un développement de la solution écrite par mon voisin ou une idée totalement originale. Et ainsi de suite jusqu'à avoir une douzaine d'idées sur chaque page.

Étape suivante : chacun lit l'ensemble des solutions proposées et essaye des les synthétiser en répondant aux objections du reste du petit groupe de 3 ou 4. C'est le moment où on a le droit de se montrer critique.

Cette même étape de tamisage se poursuit lorsque tout les petits groupes se réunissent pour échanger sur les solutions apportées aux problématiques particulières qu'ils ont eu à traiter en petits groupes.
Vous commencez à percevoir le brassage neuronal qui s'est effectué ce jour là ?

Conclusion : nous avons terminer sur un travail individuel. Quelles étaient les solutions que nous avions retenus de manière spontanée ?
Ce dernier tour de table permet de tirer la quintessence des idées que l'on peut mettre rapidement en œuvre, car nous retenons plus facilement les idées faciles à appliquer plutôt que les usines à gaz.

J'ai vraiment aimé cette session de brainstorming pour les raisons suivantes, qui à mon sens sont les clés du succès d'un tel exercice :

  • S'isoler. Le groupe doit sortir de son cadre naturel. L'isolement permet la concentration sur les objectifs de proposition de solutions.
  • Être animé par un intervenant extérieur.Pour éviter les effets de pouvoir et la peur de dire une bêtise.
  • Générer soi-même les problématiques autour du problème initial donné par l'initiateur du brainstorming (il ne faut pas perdre de vue l'objectif d'apporter des réponses à un problème donné)
  • Y apporter des réponses de manière structurée en petit groupe.
  • Et enfin passer au tamis du groupe, dans une attitude de critique objective, toutes les idées pour en rejeter certaines et en développer d'autres. Ce mouvement doit aboutir à l'éclosion d'idées totalement originales qu'aucun d'entre nous n'aurait pu proposer de lui-même.
Chacun d'entre nous peut-être créatif lorsque les conditions sont réunies. prenons le temps de nous écouter : nous avons les clés de nos problèmes!

Update : je viens de lancer ma chaîne YouTube, j'y donne des conseils aux managers et chefs de projet.
Venez jeter un oeil !


14 commentaires:

stephanie a dit…

Il existe des outils qui permettent de modéliser les idées de façon graphique, via des dessins ou du texte ....il s'agit de la carte heuristique (ou mindMap). J'ai eu l'occasion d'utiliser ces outils pour mes prises de notes perso lors de reunions, avec au depart un signal d'alerte : " tu t'amuses bien toi !" et ensuite j'ai eu l'occasion de montrer cette technique dans l'entreprise , certains y voient un interet d'autres non....
D'un point de vue personnelle je trouve tres interessant de realiser ce genre de carte pour plusieurs raisons :
1- graphique, peut facilement etre montré, c'est clairement un outil de communication.
2- synthese : il s'agit d'ecrire un mot, ou un dessin qui correspond à l'idee.
3- creativité : cette technique fait travailler notre creativité (c à d notre cerveau droit, et personnellement ça me change suis plutot cerveau gauche !)

Et cette carte heuristique est clairement adaptée aux séances de brainstorming! (certains logiciels gratuits sur le net existent ....)

Fabrice Poussiere a dit…

Merci pour ce partage d'expérience. On peux voir que ton chef de produit a eu la sagesse d'utiliser les services d'un consultant qui maitrise les outils de créativité: brainstorming et CQFD, passe à ton voisin, brainwriting, ateliers et méthode de l'extraterrestre (ou martien). J'aurais aimé savoir de quel société était issu ton consultant et dans quel domaine tu travaille: R&D, Communication, Marketing ou autre. Est ce ton premier brainstorming productif?
Mon blog sur la créativité

François a dit…

Bonjour,

Super article !

Etant fan de créativité (et même devenu conseil-formateur en innovation), j'apprécie toujours de lire que les entreprises initient des démarches spécifiques pour trouver des solutions originales et adaptées à leurs préoccupations. La créativité est souvent la seule façon de sortir par le haut de toute problématique.

Pour ma part, je m'attache beaucoup au traitement collectif de la question à résoudre qui est, neuf fois sur dix, mal posée ou trop générale et fait partir le groupe sur une fausse piste. Il existe plusieurs outils intellectuels, forts simples, pour y parvenir.

J'en profite aussi pour vous proposer mon propre acronyme, DREAM, pour résumer les consignes de base d'une séance de Brainstorming.. CQFD ne me satisfait pas, je le trouve un peu ringard (F pour farfelu) et imprécis (D pour démultiplier) et incomplet (rien sur le fait qu'il faut écrire toutes les idées!). Alors, voici Dream, car le brainstorming transforme des gens ordinaires en Dream Team !

D : Diverger (ou Délirer, pour les plus jeunes)
Le groupe doit accueillir et susciter des idées de plus en plus originales, surprenantes ou délirantes. Sans volonté d’imagination, aucun intérêt.

R : Respect
Nous jugeons toujours trop vite nos propres idées et celles des autres. Il est impératif de suspendre tout jugement de valeur pendant la phase de production d’idées pour ne pas risquer de froisser ou d’inhiber un participant. Ni perdre de temps.

E : Ecrire
Il est indispensable de rédiger toutes les idées émises, puisqu’il faudra ensuite les évaluer, les affiner et les combiner entre-elles, dans une étape ultérieure invitant, cette fois, à la critique (constructive).

A : Associer
La dynamique de groupe repose sur la surenchère des propositions, sur le fait de rebondir sur les idées des autres en cherchant à les enrichir. Par l’association d’idée, le brainstorming révèle sa toute puissance : 10 cerveaux en réseau sont plus efficaces qu’un seul.

M : Maximum d’idées
Il s’agit en effet de “mitrailler” un problème avec un maximum idées, dans un minimum de temps. Plus on en génère, plus on a de chance d’en avoir une bonne ! C’est comme pour les photos de vacances.

Bonne continuation

Boréale a dit…

Voilà un cas concret comme je les aime ! Et vraiment très intéressant, merci ! Et merci aux commentateurs avisés aussi ! :-)

Ah, une question : est-ce que ton chef de produit est resté toute la journée, ou s'est-il éclipsé l'après-midi pour vous laisser imaginer sans frein ?

Monsieur J a dit…

Wow, tout d'abord merci à tous pour vos commentaires et vos encouragements !

@stéphanie : oui j'ai entendu parler du mind mapping, je l'ai même essayé. Malheureusement sans grand succès, car je crois que je suis trop cablé cerveau gauche (rationnel, processus) pour m'y retrouver dans ce genre de cartographie de la pensée. Je suis plus listes et bullet points...:-(

@Fabrice : aucun souci pour dire que la société en question est Kaos consulting (www.kaosconsulting.com) et le fameux Monsieur Créa Ivan Gavriloff, un des associés. Et oui c'était mon 1er "vrai" brainstorming. Les autres multiples réunions de brainstorming s'étant résumé à écrire sur des post-its de couleur...

@François : j'adore l'acronyme DREAM :) Mais comme le dit Jack Johnson (song writer américain) "Ne laissez pas vos rêves n'être que des rêves". J'ai aimé le fait de tendre vers des solutions et de ne pas rester au niveau "bulle de champagne"

@Boréale : la chef de produit est restée toute la journée, ce qui a mon sens montrait son implication, non ? Et puis comme on a bossé en petits groupes on était vraiment pas bridé.

Encore merci pour vos commentaires :)

Mama-Zen a dit…

Super article! Dernièrement nous avons tenté la méthode du brainwritting lors d'une journée de rencontre, et ce fut très fructueux! J'ai bien aimé les autres éléments abordé dans ton texte... que je vais imprimer et donner à mon patron! Bonne continuation!

Monsieur J a dit…

@Mama : Le brainWritting est effectivement super efficace, et ça structure vachement ! Pour moi un brainstorming ça se résumait à crier mes idées plus fort que les autres...ça a bien changé depuis lundi :)

Et tu passeras le bonjour à ton Patron (Tu pourras même lui conseiller d'acheter mon bouquin dont je vais parler dans mon prochain post :)))

Neloo a dit…

Pour moi qui en suis encore au stade des études, cet article est une mine d'or ! Et oui, même si on tente de nous enseigner de nombreuses techniques pour réfléchir/décider/agir, des "techniques" extérieures sont toujours bonnes à prendre.

Il me semble que le brainstorming dispose à l'heure actuelle d'une image un peu trop décallée par rapport à la réalité, preuve en est ta réaction première "Une journée de perdue". Pour beaucoup c'est encore une technique de rigolos que les managers utilisent pour montrer qu'ils ne sont pas si ringards, alors que je pense sincèrement qu'il s'agit d'une manière intéressante et concluante de mener une réflexion sans oeillères.

Monsieur J a dit…

@Neloo : plutôt que ringard, je dirais "galvaudé". La moindre réunion où une personne présente une idée est baptisée brainstorming, alors que le vrai brainstorming est struturé et fait appel à des techniques précises.

Cela me rappelle la fonction de chef de projet (un autre de mes dadas personnels) où tout le monde s'improvise chef de projet sans jamais avoir reçu de formation dédiée.
Quand l'approximation passe pour du professionnalisme ça peut-être très dangereux.

Eric a dit…

Le brainstorming a autant de forme qu'il n'y a d'animateurs et de groupes à animer. Néanmoins, le procédé ici décrit est cohérent et doit être relativement efficace. Une autre manière de toiletter les idées est de se poser la question : "Avons-nous la possibilité d'agir sur ce point ?" et "avons-nous la possibilité d'acquérir les ressources nécessaire à sa mise en oeuvre".
Avoir des idées n'est rien si elle ne peuvent être suivies de l'action.

Monsieur J a dit…

@Eric : ne penses-tu pas qu'identifier une idée n'est pas le premier pas vers sa mise en œuvre ?
Comme identifier un problème est le premier pas vers sa résolution ?

Julie Bobin a dit…

Pour revenir sur le commentaire de @Stéphanie oui en effet le brainstorming est un outil redoutable pour mener un brainstorming. Et il n'est pas question d'être plutôt orienté cerveau droit pour y parvenir @Monsieur J ;). Allez, j'essaye de te convaincre de nouveau !. Dans le cadre de brainstroming, le Mind Mapping est un très bon moyen pour capitaliser toutes les idées qui émerge lors de la phase de créativité (ou phase de divergence) pour par la suite rendre utilisable l’information en la structurant (lors de la phase de convergence). A l’aide du visuel et des idées cartographiés avec des mots clés, les participants vont beaucoup plus facilement pouvoir associer et connecter d’autres idées et ainsi continuer à être créatifs. Notre cerveau diverge trop peu et converge trop vite….le Mind Mapping est donc un excellent moyen pour être plus productif dans chaque phase. L’aide de couleurs ou d’images pourra venir renforcer le visuel (1 image = 1000 mots et donc 1000 autres idées intéressantes) Pour plus d’informations sur des brainstormings à l’aide du Mind Mappinghttp://www.signos.fr/brainstorming

En espérant que j'aurai su te convaincre d'essayer le Mind Mapping une dernière fois!

Monsieur J a dit…

Merci pour ton commentaire Julie ! Je le trouve tout à fait pertinent et intéressant; même si je continue de penser que le Mind Mapping s'applique plus facilement (mais pas nécessairement uniquement) à des personnes "câblées" d'une manière plus visuelle. (Comme d'autres peuvent baser leur réflexion d'une manière plus écrite et synthétique, d'autres dans l'oralité etc...)

Là où je te rejoins totalement c'est dans le fait que dans un braindtorming, la phase de Divergence (ou "Délirer" comme le dit François plus haut dans les commentaires) le Mind Mapping (ou plus sobrement une visualisation organisée) aide grandement à sortir du cadre.

Produire un champ des possibles (et impossibles) foisonnant est la clé d'un recentrage efficace sur l'approprié !

Casey Dale a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.